Vélopolis et les assignés

19 Juin

Vélopolis un jour dit à l’Assigné :
Vous avez bien sujet d’accuser le bétonneur ;
Une route pour vous est une grave saignée.
Le moindre gravier qui par malheur
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à crier à tue tête.

Cependant que mon béton, vous torture,
Non content de blesser et tuer la Nature,
Celui-ci brave l’effort de la tempête ;
Tout vous est pollution; tout me semble belle affaire !

Encore si vous naissiez à l’abri du vélodrome
De couleur mercurochrome,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La Nature envers vous me semble bien injuste.

Votre compassion, lui répondit l’Assigné ,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les lois me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne cède pas. Vous avez jusqu’ici
Réussi quelques coups épouvantables
Essayant de me casser le dos ;

Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du fond du tribunal accourt avec furie
La plus impartiale des juges francs
Que le barreau eût porté jusque-là dans ses flancs.

Vélopolis bredouille ; l’Assigné dit.
Il dit la pression insoutenable sur la vie,
Et fait si bien qu’il fait condamner
Celui qui bétonne à longueur d’année ,
Et dont la tête désormais s’incline.